(photo de Couramine)
Libre, enfin libérée ! (Anne Bonaventure)
Il faut que je vous dise... J'ai menti ! Oui j’ai menti.
Et cela me ronge, cela fait treize ans que je ne peux vous dire pourquoi.
Mais aujourd’hui je suis libérée: elle est morte. Je viens de l’apprendre.
Je peux enfin délier ma langue, mon esprit, mon âme. J’ai trop souffert
sous le poids de ce mensonge.
Elle m’avait interdit toutes paroles qui pourraient trahir ce secret.
Que pouvais-je faire ? A part m’égratigner de l’intérieur.
Je l’aimais trop, elle n’aurait pas supporté. S’il n’avait tenu qu’à moi,
j’aurais ouvert les portes de l’écluse de mon cœur bien plus tôt.
Elle a toujours refusé, nous en parlions à demi-mot, sous couvert, entre nous.
Nous étions devenues complices. De quoi ? Je ne peux vous le dire encore,
mais j’ai menti....
Mes souvenirs se noient dans la rivière.
Je n’y plongerai plus mon regard dans l’attente de son retour,
elle s’y est noyée ce jour.
