2. Il n'en a parlé à personne (Anne Bonaventure)
Il n'en a parlé à personne et cela durait depuis bien longtemps déja.
Sa vie en a été marquée. Même si parfois il avait un air rêveur, on pouvait sentir ce petit quelque chose qui le différenciait des autres enfants. Une attitude, un geste qui laissaient penser qu'il n'était pas si bien que cela dans sa peau.
Ses parents l'avaient entouré et lui donnaient toute leur affection, ils se comportaient avec lui comme s'ils allaient le perdre.
Je n'étais invité qu'aux anniversaires, je le voyais grandir toujours avec grâce, mais il gardait comme une certaine distance vis-à-vis des autres et ne semblait pas aimer la vie.
Je ne l'ai revu que cette année. C'est devenu un homme : il a fait des études mais j'ai été stupéfait d'apprendre qu'il était devenu croque-mort. Quelle idée ? Pas très drôle ...
Un soir il est venu à la maison partager notre repas et m'a dit :
- « Tu sais je m'appelle bien Pierre »
- « Ben oui ».
- « C'était le prénom de mon frère, oui, celui qui est mort-né. Je l'ai appris l'année de mon bac ».
