| C'est pourtant elle, Clarika, l'audacieuse qui a ouvert la voie aux Camille, Jeanne Cherhal, Anaïs et autres Pauline Croze... Lavilliers l'adore. Au point d'enregistrer avec elle. Zazie aussi, qui vient de l'embarquer dans sa tournée. Quant à Marie Nimier, écrivaine "médicisée", elle ne jure plus que par elle ! Mais qu'a-t-elle donc de si remarquable, cette fille plutôt discrète à la mine frondeuse, l'écriture bondissante, l'ironie bienveillante et la gravité pudique, pour susciter tant d'enthousiasme sans gros relais médiatique ? Les aficionados vous citeront, dans le désordre, son personnage vénéneux d'adorable peste, sa voix acidulée, sa façon si peu convenue de trousser ses textes, son humour ravageur troisième degré, et son regard si juste qui chatouille, avec une infinie délicatesse, nos points les plus sensibles. Clarika est ainsi : drôle et émouvante, moderne et pertinente. Petite fille turbulente de Souchon et grande soeur facétieuse de Cherhal. Tout ce qu'on aime dans la chanson d'aujourd'hui. Le comble, c'est qu'elle a devancé tout le monde ! Elle fut l'une des toutes premières - du moins chez les filles - à oser s'extraire du carcan empesé des rimes académiques pour inventer son propre langage, celui d'une femme libre et incisive. "Je n'ai jamais eu la prétention d'être subversive ; mais je ne voulais pas non plus faire dans le consensuel. Disons que j'ai pris un chemin qui, à l'époque, n'était pas très fréquenté." Depuis, on s'y bouscule un peu. Pourtant, cette fille de prof de lettres et de poète hongrois - exilé politique - n'a pas été saisie d'emblée par une irrésistible vocation d'écriture. Longtemps, la demoiselle s'est cherchée. Elle a multiplié les petits boulots, a tâté du rock au fond des garages et a même tenté d'apprendre la comédie avant d'atterrir, un peu par hasard, dans une école de chanson. Hasard heureux : c'est là, il y a quinze ans, qu'elle croise Jean-Jacques Nyssen, compositeur lunaire aux décalages inspirés. Il deviendra son alter ego musical et bien plus encore : avec lui, Claire Keszei va se mettre à écrire ; et Clarika, à exister. Quatre albums, des centaines de concerts et quelques récompenses plus tard, ces deux-là avancent toujours de pair. Nyssen lui soigne des musiques aériennes et elle, garde dans ses mots une insolence salutaire, un délicieux mélange de légèreté et de profondeur. Ses chansons dessinent une galerie de portraits ultrasensibles, qui racontent l'époque avec un humour tendre ; qui disent sans larmoiement l'amour qui s'use, la solitude qui guette, ou les grosses envies pas très avouables qui nous saisissent sans crier gare... C'est un concentré d'humanité et de subtilité. Dites cela à Clarika, elle sourira sûrement en baissant les yeux. A 38 ans, elle ne revendique rien, pas même ce qui lui revient. Car en plus d'être douée, c'est une authentique modeste. C'est aussi pour cela qu'on l'aime, et qu'on souhaite la voir désormais à la seule place qu'elle mérite : le sommet. Valérie Lehoux (Télérama) http://musique.telerama.fr/edito.asp?art_airs=WEB1002364&srub=1 à écouter c'est très sympa..... |